Reponsable et coupable

Depuis des mois, des années même, le péril du front national et de la pénétration de ses idées dans la société française est régulièrement dénoncé. On ne compte plus les articles dans les médias et dans les blogs citoyens sur la fachosphère et sur la libération de la parole extrémiste et xénophobe sur le net. Les derniers en date ici (plutôt pas mal) ou la (blablabla). La diffusion de la vulgate mariniste, fait peur, elle inquiète, alors on dénonce.

C’est bien la dénonciation. C’est très utile. Cela permet d’alerter et de mobiliser, cela oblige à une prise de conscience. Sauf que de dénonciations en dénonciations, de postures morales en naufrages politiques, les mots ont perdu de leur force. Il faut se souvenir de ce que l’avènement de la gauche en 1981 avait suscité comme espoir et ce qu’il a produit comme désespoir. A l’époque Harlem Désir fondait SOS Racisme et portait haut les valeurs de la tolérance avant de devenir l’apparatchik terne, gris et sans profondeur que l’on connait aujourd’hui. La trajectoire d’Harlem Désir, c’est celle de la révolte contre le racisme. On s’insurge par communiqué, avec des mots policés, des mots d’énarques, on moralise.

Quand le PS s'indigne...

Quand le PS s’indigne…

Face à cela, des groupes, des populations étranges, ceux ce qui ne sont pas nous et que nous avons tant de mal à comprendre, ceux qui expriment, chaque fois plus nombreux, leur exaspération et leur mal être, ont trouvé un exutoire. Sur le net la parole s’est libérée. On ne compte plus les sites internet, les forums, les pages Facebook, les comptes Twitter, qui relaient la pensée du front national et les idées d’extrême droite. Et on ne compte plus les sites internet, les forums, les pages Facebook, les comptes Twitter, qui les dénoncent. Pour quel résultat ?

Dans notre entre nous agréable, dans notre confort ouaté des idées bien-pensantes, on ne fait que ça : dénoncer. A force de répéter ce mot, il en devient dérangeant. Dénoncer. Déjà il est moche dans son signifiant : la dénonciation, c’est sale. Et puis ça  rappelle des périodes un peu dégueulasses (almost Godwin). De celle ou l’on se rend compte que, tant qu’on n’était pas engagé d’un coté ou de l’autre, ma foi, il faisait bon vivre à Paris, même avec quelques panneaux écrit en allemand. L’indifférence a été le plus grand acte de collaboration. Il faut l’assumer.

Les Parisiens sous l’occupation (exposition polémique de la mairie de Paris en 2008)

Aujourd’hui on n’est pas indifférent. On dénonce, on s’insurge, on se scandalise, on se dit révolté, on dit des mots comme « pires heures de notre histoire », « abject », « intolérable », « insupportable ». Aujourd’hui on dit des mots. Des jolis mots élégants.

J’ai fini par croire que les mots n’avaient plus de sens ou ne portaient pas d’action en eux. Je suis de la génération chômage, celle qui n’a connu que la crise. Celle qui, dès le collège -mais enfin on a quel âge au collège ?- se voyait signifier l’enjeu de la scolarité : ne pas être au chômage. Vas-y, fait moi rêver la France.

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Chômage. En voila un autre mot bien moche.

Alors pour ne pas être au chômage, pour ne pas être déclassé et donc perdre en quelque sorte son classement dans la hiérarchie républicaine, on étudie. On fait ce qu’on peut. On se dote d’une bonne culture générale. C’est pratique la culture générale. C’est comme tous les arguments d’autorité. On nous a définit la culture et son périmètre général. On a bien fini par se rendre compte de la supercherie. Jusqu’à l’ultra-gauchiste André Santini a du reconnaître que les épreuves de culture générale était « une forme de discrimination invisible ». Vous voyez les jolis mots excluent.

Cela fait combien d’année maintenant qu’on nous sert une soupe de parole 100% garantie pur OGM novlangue. Dans la république française pour réussir il faut suivre la voie royale. Si on suit la voie royale on fera partie de l’élite républicaine. Oui, oui, l’élite républicaine d’un pays dont la devise est liberté, égalité, fraternité. Elite républicaine, voie royale…les mots sont cons quand même.

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Les hommes politiques de notre temps sont des adorateurs du vide. Ils peuvent le remplir de leurs mots. Ils vénèrent l’élégance des formules. Les énarques sont un clergé bien étrange. Avant on construisait des cathédrales, aujourd’hui on construit un discours. Je ne vais pas dans les cathédrales, je n’aime pas les religions…

Je pourrais vous dire : on nous a menti, on nous ment, c’est scandaleux ! En soi c’est vrai. On nous ment depuis des années. Mais enfin, nous, on gobe, comme des petites pilules du bonheur, à chaque élection, les jolis mots élégants, moches ou cons qu’on veut bien nous servir. Et puis une fois passée l’anesthésie des mots sur notre esprits embrumé par l’injonction démocratique,  on se touche le derrière en faisant des aïes et des ouilles. On vit dans une onomatopée permanente.

Alors pour sortir de cette contradiction permanente, on cherche des coupables. A qui la faute ? Hein c’est vrai ça, qui est LE putain de responsable ici ? Comme il n’y a plus d’actions possibles, on nous désigne des responsables, les mots ça ne mange pas de pain. Alors au choix : la crise, la globalisation, la finance, les fraudeurs, les immigrés, les hommes politiques, les lobbys en tout genre, les complots en tout genre. On a tout eu comme histoire. On nous a tout servi. On a tout essayé. Enfin presque…

Là, dans un coin au fond à droite, près des toilettes, il y une dame, un peu bourgeoise, avec un nom qu’on retient bien, fille de, avec un discourt qui séduit de plus en plus. Elle a trouvé les meilleurs fautifs : les Arabes/Noirs/Immigrés/Racailles. Cela fait trente ans que son parti martèle les mêmes mots : problèmes/immigrés, crise/immigrés, chômage/immigrés, peur/immigrés. Cela fait trente ans qu’on dénonce. Et cela fait trente ans que l’on cautionne ce système. A chaque élection on légitime une organisation dont la plus grande production a été une succession de mots inutiles. Et son plus grand mérite sera peut-être de porter  démocratiquement au pouvoir tous ce gens que l’on dénonce. Quel succès !

Quel glorieux jour pour nous les bobos, les bien-pensants, les humanistes, les sains d’esprit que ce jour où les cranes rasés et les déclassés fêteront ensemble la dernière victoire démocratique. Nous aurons alors tant de choses à dénoncer, tant de révolte virtuelle à mener, tant de responsables à trouver. N’en faites-vous pas déjà votre miel ?

Qui est responsable ? Moi je sais qui est le vrai responsable.

Ce matin dans la salle de bain en me rasant, je l’ai vu dans le miroir.

Vous le verrez probablement au même endroit, ce soir ou demain chez vous.

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Alors si vous avez deux mots à lui dire à ce sale con, ne vous en privez pas, c’est le moment.

Le moment de se préparer.

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