Je suis un bobo et je vous emmerde

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Le bobo, quelle crevure quand même. A sa découverte au début du siècle, on l’a pris pour une sympathique espèce urbaine émergente. Depuis, il est devenu le bouc-émissaire rêvé de tous les maux de la société française.  Il est très pratique le bobo. Et pas cher du tout. Avec lui vous pourrez vomir sur tous les idéaux de générosité, de fraternité, de justice sociale sans passer pour une ordure. Une vraie aubaine !

Avant, critiquer la gauche était un vrai sacerdoce. Un chemin rhétorique semé d’embûche. La détestation des autres était difficile à montrer. On se faisait bastonner, on prenait des  coups de poing godwin dans la gueule à longueur de débat. Quelle plaie. On votait bien à droite, la France est un vrai pays de droite, mais il fallait se cacher.  Souvenez-vous après l’élection de François Mitterrand en 81, la droite n’osait même plus s’appeler la droite. Epoque lointaine.

Depuis, la droite est redevenue la droite. Il y a la droite dure, la droite forte, la droite droite, la droite sociale (celle-là on la reconnaît à sa haine viscérales des assistés). Cette droite viagra est bien aidée par la gauche qui n’est plus de gauche. Car la chute de l’Union Soviétique a remis au goût du jour la haine des pauvres et l’amour de la chaussure à gland :  greed is good.

money, money, money, money.

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Aujourd’hui,  on peut s’en prendre aux pauvres. Enfin taper sur les pauvres c’est électoralement risqué. Alors on les appelle  profiteurs, assistés,  roms, étrangers. Ca vend bien ça, la haine des autres. Et tant pis si comme ça, les pauvres votent contre leur intérêt. Les pauvres on s’en fout. Puisqu’ils sont pauvres, ils doivent être à priori bien cons. Je le sais, pauvre, je l’ai été. Très. Je ne suis pas con, mais je sais comment on nous traite.

A une époque le danger pour les zélites de la France venait donc de ceux qui voulaient protéger les déclassés, et qui étaient influents. Pas les hommes politiques. Les hommes politiques ne sont pas dangereux…pour les riches.  Un système basé sur la professionnalisation de la vie politique ne produit in fine  qu’une élite prostituée aux intérêts des plus puissants et des grands manipulateurs de l’opinion. Il produit des pleutres.

Non, ceux qui pourrissaient les affaires en réalité étaient les intellectuels. Et dans les années 80, ces intellectuels passaient à la télé. On les voyait dans des émissions littéraires, culturelles, de débat. Bref dans ce qui faisait de la télévision française, selon une légende urbaine bien tenace à l’époque, le meilleur média du monde. Ils avaient la chevelure abondante, le verbe facile et élégant, l’ego aussi gonflé que le portefeuille. La bien pensance a été,  comme elle est aujourd’hui encore un peu, un vrai cliché. La droite a honni ces intellos. Sentiments vains. Critiquer les salonnards ne sert à rien. Taper sur les germanopratins est inutile. Personne ne s’identifie à eux.  On les a écouté, mais avec la distance de ceux dont on sent bien qu’ils n’ont rien avoir avec nous. Ils  font partie du camp des bleus de l’élite, ceux qui jouent contre les blancs.

Mais voila qu’apparaît le bobo. Et le bobo c’est le bingo ! Pour la droite, pour l’extrême droite, pour la gauche de droite qui voudrait bien que la gauche de gauche soit un peu plus réaliste. Le bobo, cette personnes insaisissable mais assurément privilégiées (point NKM) qui ne vote pas à droite et pense que plus de tolérance sauvera le monde. Qu’il est con le bobo. Le bobo vit en ville et le bobo mange bio. Connard de bobo qui pète plus haut que son cul. Y peut pas manger du plastique comme tout le monde. Le bobo aime les quartiers mixtes mais sans violence. Il ne veut pas s’en prendre systématiquement aux étrangers, parce que même s’il a peur de la racaille, comme tout le monde, il essaie de ne pas être manichéen. Salaud de bobo, il ne comprend pas que sur terre il y a 7 milliards d’étrangers délinquants, et 60 millions de victimes française. C’est pas compliqué quand même. Et en plus il fait chier avec des mots compliqués comme manichéen. Le bobo est pour l’école publique, il aime partager la connaissance, mais il peut mettre ses enfants dans le privé. Mais quel abruti ce bobo de vouloir vaincre les déterminismes sociaux. Il veut se battre pour ses gosses. Se battre pour ses mômes, vous vous rendez compte ? Le bobo vit dans une bulle en dehors des réalités du monde. D’ailleurs vous ne verrez jamais un bobo. Il est toujours planqué derrière les vitres fumées d’une voiture de luxe…  Le bobo a le goût des voyages, il a un esprit cosmopolite cette petite ordure. Il aime le monde comme il aime son quartier, d’ailleurs son quartier ressemble au monde. A Paris, c’est le triangle porte de Clichy, porte de la Villette, Nation. Beurk. La consanguinité culturelle il n’y a que ça de vrai. Mais non dans consanguinité il n’y a pas le mot con.Le bobo écoute une musique de merde, un peu électro, un peu rock, un peu éclectique. Le bobo va au sport d’hiver. Ces mecs de gauche viennent polluer les pistes des riches plutôt que d’aider les pauvres. Non mais vous voyez l’énooooorme contradiction. Le bobo prétend vouloir faire du social mais part quand même en vacances. Mais quel enculé le bobo quand même.  Mais le plus gros problème du bobo c’est qu’il est pédophile. Si, si je vous assure. La mouvance bobo digne héritière des pétards mouillés de 68 organise des cérémonies secrètes ou l’on se partage les enfants des uns et des autres. D’ailleurs la légalisation du mariage gay ce n’est rien d’autre que ça. Voilà.

Assume ta mouvance.

Assume ta mouvance…

La chasse au bobo est tellement populaire, que même les bobos chassent le bobo. Il faut le dire, le bobo est cannibale. Il ne s’aime pas. Il ne s’assume pas. Le bobo a honte…comme la droite avant.  Le bobo va dans un bar à bobo en critiquant le trop grand nombre de bobos.  Le bobo a des bobos à l’âme. Je le sais, j’en suis un.

Je suis un bobo d’une espèce rare. Je suis un bobo du sous-genre anarchiste, libriste,  et végétarien (je sais, juste à l’instant un chaton bleu marine vient de mourir).  Globalement je suis contre la démocratie représentative mais pour la démocratie directe, contre la centralisation mais pour la distribution (du pouvoir, de l’info, des responsabilités etc.) et je suis contre les viandards (parce que bon je ne mange pas mon chat alors pourquoi je mangerai une vache) et pour une nourriture plus saine.  Je crois que chacun est libre naturellement et que cet état de liberté ne doit pas être perturbé. Au point de considérer que les sites comme Fesse de bouche et la puanteur de ses forums ont une existence tout à fait légitime (venez à moi les petits trolls). Je crois au bitcoin et à tous les Xcoin qui sont en train de démontrer que le pouvoir actuel repose sur une gigantesque supercherie. Je suis donc d’une pensée assez radicale. Mais ne me voyez pas comme un dangereux terroriste.  Je crois que le système, la matrice, enfin le machin là, va tomber de lui-même. Enfin on va juste l’aider un tout petit peu, avec des grains de sable…

En attendant ce jour béni, je mets ma cravate tous les matins pour nourrir mes enfants au bio et partir avec eux en vacances.

Vous y voyez une contradiction ? Moi j’y vois de l’amour.

Le bobo est un concept vain. Mais je l’assume, je l’embrasse, je le magnifie. Pourquoi ? Parce que quand on essaie de raisonner un tant soit peu, je veux dire en dehors du cadre monarchisant actuel, on se fait traiter immédiatement de bobo. L’argument ultime. Qui vous le remarquez, met tout de suite l’interpellé sur la défensive et rend sa voix chevrotante.

Heu non enfin je ne suis un pas un bobo,

Je suis d’accord il faut pas pousser sinon ça devient un truc de bobo, c’est pas ce que je voulais dire.

Non mais tu as raison, l’enfer est pavé des bonnes intentions des bobos, il faut être réaliste aussi…

A force de renier sa boboïtude, le pauv’ bobo en a oublié son argument. C’est drôle.

C’est triste aussi. Parce qu’on se retrouve dans la figure notoirement archaïque ou l’on ne reconnait de légitimé qu’à la grande bourgeoisie (pour le pouvoir) et à  la France beauf (pour les électeurs). La France Kaporal, la France des Ch’tis à Miami, la France Secret Story.  Cette France précaire que les publicistes appellent Kevin et Kevina dans leurs études de marchés.  Cette France à qui l’on dit de détester les arabes tout en la gavant d’Hanouna et de Nabilla. Bush ce grand défenseur des masses laborieuses avait fait la même chose à son époque en critiquant les intellos newyorkais qui buvaient du café latte et mangeait des sushis. Cosmopolitisme de merde je vous dis.

Il se trouve qu’un autre monde est possible. Il se trouve que nous les bobos, hackers, geeks, hipster et autres joyeuses tribus urbaines nous pouvons participer à sa construction. Et il se trouve qu’on n’est pas obligé de fermer notre gueule.

Je l’ai découvert ça un jour alors que je parlais des systèmes pair à pair (P2P), de leur capacité à transformer le monde, la décision politique, l’émission de monnaie et le partage des connaissances. Tout d’un coup, oh surprise, je suis interrompu par l’un de mes potes qui vit dans le 16ème arrondissement (quand je vous dis que je ne suis pas raciste). Dans un ricanement reniflé et méprisant il me dit :

«  Nan mais ça c’est un truc en dehors des réalités, les vrais gens n’ont pas besoin de ça, c’est ENCORE un truc de bobo. »

Et là soudain l’épiphanie.  J’ai compris. J’ai vu la réponse. Et j’ai rétorqué tout simplement

-oui … et alors ?

-…

La vérité que vous commencez à percevoir mes amis et futurs frères d’arme c’est qu’on ne peut empêcher la marche du monde vers des lendemains meilleurs avec pour seul objection que c’est un truc de bobo.

Il est grand temps de sortir nos majeurs, de les tendre bien haut et d’assumer ce que nous sommes. Amis bobo, boboïste, boboïsant, bobosse (haha !), bobophile, frère du boboland, du boboïstan, de la bobozone, créons nos cercles de pensée, affirmons nos idéaux dans leur diversité, investissons nos villes et nos territoires, créons-y les conditions pour l’émergence de zones d’autonomie temporaire. Il est temps d’inventer demain et de se torcher avec le passé.

Now the time has come

Now the time has come

A ceux qui nous critiquent à longueur de journée nous disons :

Je suis un bobo et je vous emmerde

Plus fort

Je suis un bobo et je vous emmerde

Plus fort

Je suis un bobo et je vous emmerde

Ca mieux hein ?

Allez bisous sale bobo.

@michel_freek
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