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MF

Je hais la violence. J’aime la liberté et mes frères humains. L’attaque contre Charlie et contre toutes les victimes de ces jours derniers m’a profondément meurtri comme la plupart d’entre nous. La personne, un tant soit peu rationnelle que je suis, a toutefois eu un peu de mal à comprendre les raisons qui nous ont tous poussé, dans un grand élan de fraternité spontanée, à applaudir ceux qu’hier nous ne faisions que vilipender. L’union nationale dit-on. En 1914 nous partions en guerre, en 1944 nous en revenions. Et aujourd’hui ?

Les actions de Mohamed Merah qui a pourtant tué des enfants de sang-froid n’ont pas suscité les mêmes réactions. Je ne parle même pas du récent massacre d’écoliers au Pakistan: plus de 150 morts. Lointaines émotions.

Après deux jours, j’ai compris la force du sentiment qui nous a submergé. Les terroristes se sont attaqués à la part d’enfant qu’il restait en nous. Ces caricaturistes caca-boudin, qui ne respectaient même pas l’Etat qui les protégeait, étaient les rares adultes à oser encore défier le monde des grands. Les mecs comme Cabu, Charb, Wolinsky et les autres, avec leur journal à 40 000 exemplaires, était à peu près tout ce qu’on tolérait encore, quoique difficilement, dans un monde confronté au principe de réalité comme une foule écrasée contre un fil barbelé. L’économie ? Mais mon bon monsieur Maris, ce n’est pas avec des bons sentiments qu’on va régler le chômage. Les libertés publiques? Mais mon cher Charb, les terroristes qui nous attaquent ne sont pas des enfants de cœurs et cessez donc de les provoquer et d’exalter leur sentiment anti-français! Nous sommes en guerre !

La guerre contre le terrorisme, il en dit quoi Charlie ?

On a voulu tuer l’enfant qui restait en nous. Qui on ? Je ne sais pas. Enfin je sais qu’il y a bien des fous furieux dans des contrées désertiques qui rêvent d’écrabouiller nos villes sous un tapis de bombe. Je me demande juste et jusqu’à quel point nous ne leur avons pas facilité le travail : l’huile, le feu, la Libye, la Syrie…

Les grands enfants que nous sommes n’ont plus grand-chose pour rêver. Dès l’école primaire on parle de crise et de terrorisme. Au collège de compétition. Au lycée, il n’est plus question que de s’en sortir. Tu as 18 ans et un panorama de merde(s) devant toi. Bien sûr il y a pire ailleurs. Les Nord-coréens et leur dictateur d’opérette gore, les Somaliens et leur milice apocalyptique, ou les Nigérians avec leur riant boyz band Boko Haram (des milliers de mort en promo durant notre grande catharsis collective soit dit en passant) sont vraiment les gens à plaindre.

Pour autant on ne peut abandonner le rêve d’un grand projet, d’un monde nouveau au prétexte que c’est pire ailleurs. Non bien sûr que non. Au contraire. Et pourtant n’est-ce pas ce que nous faisons élection après élection en votant, en nous jetant dans les bras de ceux dont nous ne croyons même plus les promesses ?

Désabusés devant nos représentants impuissants et impuissants devant leur volonté toute puissante, nous traitons notre dépression nationale à coup d’anxiolytiques de moins en moins bien remboursés. Et nous ne traitons même plus la fièvre Le Pen, aujourd’hui chronique.

Là, devant ma télé, la gorge nouée, j’ai vu 4 millions de personnes défiler.

Pourquoi ne pas l’avoir  fait un jour avant, pourquoi ne les avoir pas tous dégagé. C’est si facile, avec les réseaux aujourd’hui. Pourquoi avons eu nous besoin de nous précipiter sous l’aile protectrice de nos dirigeants (mais quel mot!) pour pouvoir exalter notre envie de vivre ensemble.

Un jour, atterré, je lisais l’histoire de cette petite fille devenue le souffre-douleur d’un couple barjot et qui après des années de maltraitance a fini par mourir une nuit, seule, attachée, nue a même le sol sur le carrelage glacée de la salle bain, après avoir été roué de coup par de son beau-père et de sa mère. Cette fille adorait manifestement ses parents. Comment était-ce possible ? Une psychologue expliqua plus tard que c’était normal. Les enfants ont besoin d’aimer et ont besoin d’être aimé même si ce sont par de mauvais parents.

La France entière à qui l’on ment, maltraitée depuis des années avait besoin d’un grand, d’un immense câlin. Nous avions besoins de nous retrouver. Nous avions besoin de chaleur. Quelles étaient belles ces images de la place de la République. Il y avait ces slogans poétiques, cette joie soudaine : même pas peur, vive la France ! Tout était magnifique.

 

Mais alors que les premiers défilés débutaient, Cazeneuve annonçait déjà un train de mesures. Avec bien entendu, plus de lois, plus de contrôle, plus de restrictions et moins de liberté. Valls a repris la même rengaine le jour suivant. On évoque un nouveau Patriot Act à la française (tout en le dénonçant), de nouveaux contrôles sur les maléfiques réseaux sociaux. Toute ces mesures que certains d’entre nous ont combattu avec acharnement, il y a de cela quelques mois à peine, risquent de passer avec la même facilité qu’un tic-tac à la menthe un lendemain de cuite. Que va-t-on faire contre les TAFTA, CETA, SOPA et autre absurde HADOPI quand ils seront assaisonnés de sauce sécuritaire ? Qui va dire non ? Y aura-t-il autant de monde entre République et Nation pour crier : Liberté ou je suis Marianne ? Et si ce n’est pas le cas, de quoi la manifestation de ce dimanche était-elle le nom ?

 

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I’m Charlie’s colon, full of stagnant fecal debris

 

Il y avait nos grands économistes en chef, Merkel et Hollande (poil au Mali), Rajoy et sa loi bâillon contre la presse, Orban et son projet nationaliste liberticide. Netanyahou en goguette, sans complexe, était là aussi. Et Sarkozy (poil au zizi, poil à la Libye, poil à la Syrie) itou. Je sais bien qu’il ne s’agissait pas d’être avec eux. Mais ce sont eux qui ont monté tout ça. Cette manif, c’est André Lamy et donc le parti socialiste qui l’a organisé. D’une grande fête populaire on a fait une gigantesque opération de communication internationale à l’intention d’un président qui vient miraculeusement de sauver sa peau. Et nous, nous avons eu droit à notre petite dose décennale d’unanimité et de bonheur . Maintenant on peut rentrer chez nous, on s’occupe de tout pour nous. Nos di-ri-geants sont à l’œuvre. Et vous savez quoi ? La note va être salée.

La gorge nouée, devant ma télé, j’ai vu 4 millions de personnes défiler. Et j’ai dit à mes enfants, nous n’irons pas.

Nous avons passé un bel après-midi réfugiés chez nous. Je leur ai un peu parlé de liberté. Je leur ai expliqué qu’elle ne vient pas d’en haut, qu’elle n’est pas un cadeau. Je leur ai dit qu’il fallait la construire soi-même. Et qu’il fallait la chérir comme je les chérissais. J’étais pétris d’amour et de compassion et je sais que cet après-midi là, fugacement, nous avons partagé ce même sentiment avec des millions de personnes.

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Je suis végétarien. Je suis le connard qui vous empêche de vous complaire dans la souffrance animale. Je sais c’est mal. Pourtant je ne n’ai aucune pancarte autour du coup, je ne porte pas de badge, je ne milite pas dans un parti politique qui souhaite imposer un régime alimentaire aux autres, je ne fais pas de porte à porte. Remarquez, je devrais peut-être le faire.

– Toc-toc

– Oui

– Bonjour Madame (Monsieur)

– Bonjour

– Je représente le Front Anti Carniste, le FAC

– …

– A votre avis, combien d’animaux avez-vous fait zigouiller pour vous nourrir depuis le début de votre existence ?

– Casse-toi connard.

Vlam ! La porte qui claque. Là, me direz-vous, je pourrais bien tenter un  trait d’humour facile en lançant à travers la porte un FAC YOU bien senti mais si je tombe sur un énervé de la corrida le débat risque de manquer de courtoisie.

Donc pour faire simple, je ne fais pas étalage de mes habitudes alimentaires. Si vous mangez avec moi, je ne dirais rien, je commanderai de la salade et un risotto au champignon… sauf si ce PUTAIN DE MENU m’oblige à héler le serveur pour lui demander gentiment de préparer un petit quelque chose sans protéine animale . Et là c’est triple peine : la gueule du serveur, la gueule du convive, et l’attente angoissée de la question qui vient à coup sûr mais qu’on voudrait vraiment pas qu’elle vienne.

– Ah, tu es végétarien ?

Meeeeeeeeerde elle est venue.

– Oui

– Pourquoi ?

Meeeeeeeeerde

Et  si je ne fais pas étalage de mes habitudes alimentaires, je reste poli et je réponds aux questions qu’on me pose. Surtout avec des personnes avec qui je cherche à conclure une affaire. (Ah oui j’oubliais. J’ai eu la bonne idée de devenir végétarien au moment où je lançais ma propre entreprise, dès fois que comme la vie c’est une boite en chocolat si on l’écrase par terre et on la piétine peut-être qu’il en sortira quelque chose de rigolo).

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Donc pourquoi …?

Au départ j’avais honte d’assumer la vraie raison. Parce que dire qu’on n’aime pas tuer les jolis zanimaux assis à une tablée de carnassier, c’est une expérience disons… assez solitaire. Donc je me lançais à tort dans l’argumentaire gauchiste  pas-assez-de-viande-dans-monde-pour-nourrir-tout-le-monde ou écolo çaniquelaplanèteyo. Silence. Regard apitoyé des congénères. Associé énervé. Depuis j’ai trouvé une bonne réponse.

– Hé bien pour la même raison qu’il me semblerait étrange de manger mon chat.

Conclusion du propos par sourire appuyé et suavement ironique, léger plissement de paupière et haussement d’épaule. Ne pas laisser répondre et enchaîner sur :

– On m’a dit que le Morgon était très bon ici. On prend un verre ?

Aaaah il boit du vin. Ben ouais mon ami je bois du vin, tant qu’on n’égorge pas un cochon j’aime bien me faire plaisir.

Mis à part ça je fais souffrir autrui. Je suis la personne donneuse de leçon qui ferait mieux de la fermer. Je ne veux plus tuer d’animaux et je suis très, très méchant. Je suis un veggie nazi. Arrêter de tuer=nazi. Bon.

D’ailleurs (roulement de tambour #ultimateargumentever) Hitler était végétarien, c’est connu. CQFD.

Lassitude. Tout ce combat a donc été vain, Hitler végétarien c’est donc bien qu’il faut manger de la viande. Il va d’ailleurs falloir arrêter de faire tout ce que faisait Hitler. Par exemple on va arrêter la moustache carré. ..Bon, d’accord, un point à l’adversaire. Après on va arrêter de chier, de pisser, de dormir et d’aimer nos chiens. Mais si, vous voyez de quoi je parle, Hitler, sur les images d’archives, dans son nid d’aigle, on le voit tout le temps en train de faire mumuse avec son chien… Donc si tu aimes ton chien, tu aimes Hitler. C’est comme ça. Imparable. D’autant plus qu’il aimait beaucoup son chien, Hitler voyez-vous.

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30 millions de nazis ?

Juste un dernier mot sur le bonhomme et pour en finir une bonne fois pour toute avec ça : s’il était végétarien ou pas, personne ne le sais et franchement on s’en bat les reins (pour plus d’information à ce sujet je vous recommande chaudement la lecture de ce billet d’Insolente Veggie).

Bien. Nous les végémachins, en plus d’être des sales gros nazis, on détruit la planète… vous savez à cause du soja, la déforestation toussa toussa. Oui mais voilà, le soja, sert avant tout à nourrir les bêtes. De fait il y a assez de céréale dans le monde pour nourrir tout le monde. Mais comme on aime les choses compliqué, on choisit de nourrir des bête avec des protéines végétales pour les tuer ensuite et récupérer leurs propres protéines. Grosso modo il faut 2 kilos de protéines végétales pour 1 kg de volaille et 7kg de protéines végétales pour un 1 kg de viande de vache (et encore il s’agit la d’une hypothèse basse posées par des gros mangeurs viandes pas gentils: des fonds financiers qui spéculent sur le grain). Même en faisant abstraction de toute compassion je trouve ça un peu idiot. On vit une époque où les marchés sont rois. On optimise, on maximise, on taylorise, mais pour la nourriture curieusement on crétinise.

Bref, en la matière, le pollueur ce n’est pas moi.

Arrivé à ce niveau-là, tout le monde me reconnait le droit d’avoir mes opinions (de taré, de donneur de leçon, de veggihadiste et de tout ce qu’on voudra tant que je paie le vin) mais quid des gosses ?

– Et tes enfants aussi son végétariens ?

Mais meeeeeeeerde

– Oui

– Et ça va ?

– Oui ça va et toi ?

–  …

– Tu reprends un peu de Morgon ?

Je ne suis pas un tueur d’enfant, j’évite que mes enfant soit des tueurs. Nuance. Je n’ai aucune envie qu’ils grandissent avec des carences, mais il me semble que l’équation 1g de protéine par jour/kg =légumineuses + céréales n’est pas très difficile à tenir. Pour eux, pour moi, pour vous tous.

Je ne déteste personne en raison de ses habitudes alimentaires et je sais que l’on touche en la matière à quelques chose de de très sensible et profondément ancré dans la psyché humaine. Mais je ne vais pas changer de chemin parce que cela dérange les habitudes de mon entourage. Si mon attitude vous dérange c’est peut-être que vous êtes en état de dissonance cognitive. Moi pas. Je suis un adulte en paix avec ses choix et je fais le choix de la vie.

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Fait main et sans souffrance

Et puis mes hamburgers sont meilleurs que les vôtres.

Peace.

Vous êtes né à quelle époque ? Moi dans les années 70. Je n’ai connu que la crise. Que ça. Dès le collège on nous a prévenus : il faudra se battre. Il n’y a pas assez de travail pour tout le monde. Dès le début on nous a fait comprendre qu’on allait en chier, qu’on aurait peur, qu’on serait précaire. On a mis du temps à comprendre ce qui se tramait. Aujourd’hui on connaît les règles du jeu. Aujourd’hui on sait, comme au casino, que c’est toujours, TOUJOURS, la banque qui ramasse le magot. Il y a quelques gagnants pour légitimer le système. Mais les maitres du monde cultive l’entre soi, les gagnants sortent toujours des mêmes cercles. Les gagnants ne se battent pas. Nous, on se bat. Mais nous, nous ne serons jamais des gagnants dans ce jeu.

Ne votez pas

C’est un jeu intéressant le Monopoly. Le Monopoly, vous connaissez ? La République c’est le Monopoly. Pour jouer, il faut voter. Attention, dans la vraie vie, au Monopoly, tous les joueurs ne se valent pas. C’est de la triche ? Non ce n’est pas de la triche, c’est de la démocratie représentative dans une économie de marché. Donc en démocratie représentative, en France, en République, il y a des élites. Ces élites républicaines sont passées par la voie royale et ont aujourd’hui un certain nombre de privilèges. Quand un joueur de l’élite essaie de tricher, il retourne à la case départ et touche 20 000. Si vous faites la même chose, vous allez directement en prison. L’élite ne va jamais en prison. Enfin si, de temps en temps, mais ces gens ont déjà sous le coude les cartes « présomption d’innocence assurée » et « comparution libre ». L’erreur de la banque est toujours en leur faveur, vous passez toujours par la case impôt sur le revenu. Les cartes gares et compagnies des eaux sont déjà distribuées. Pas entre vous, entre eux. Derniers détails, vous jouez avec un dé à deux faces (0 ou 1). Eux ont la traditionnelle paire de dé à six faces. Vous n’aimez pas ce jeu ?

Ne votez pas

Le fait est que s’il n’y plus de joueurs il n’y plus de jeu. S’il n’y a plus de jeu, il n’y a plus de privilèges. Alors on essaie de convaincre les gens de rester dans la partie. C’est la carte « populisme ». La carte populisme est une carte à double face. La première permet à tout débateur de vous traiter de populiste si vous critiquez l’ensemble du système, l’ensemble des règles. C’est un argument d’autorité très pratique et redoutable.

Voyez-vous Mr Anderson, si plus personne ne vote nous n'existons plus...

Voyez-vous Mr Anderson, si plus personne ne vote nous n’existons plus…

 

Devant l’accusation de populisme, on prétend préférer le réformisme. On réclame des changements dans le grand livre des règles, les candidats promettent de modifier des chapitres entiers et au final on ne remplace que quelques mots par leur synonyme. Voilà.

Ne votez pas

N’ayez pas peur de vous faire traiter de populiste. Quand un système est pourri, on ne le réforme pas, on l’aboli. Comme l’esclavage par exemple. Et croyez-moi, nous sommes esclaves de nos croyances sur la démocratie représentative. Nous sommes des toxicomanes de cette parole publique dont on ne sait plus se passer. Et cette histoire devient sordide.

Nous regardons le visage tuméfié de Marianne et avec elle nous rentrons au bercail après chaque élection portée par l’espoir que le système se reformera. Nous voyons les ecchymoses sur le corps de Marianne mais les promesses de changement sont si convaincantes que nous signons à nouveau dans le petit carré. A voté ! A donné le pouvoir à son agresseur et vit avec lui. Nous savons que Marianne a été violée à plusieurs reprises et par plusieurs personnes dans les caves des palais de la République. Nous le savons tous. Et que faisons-nous ? Nous lui demandons de ne pas la ramener. Ahahah si c’était dans notre cul on dirait quoi ? Marianne va crever, on ne peut plus la sauver et nous sommes complice. Jusqu’à quand ?

Ne votez pas

Et le FN ? Le FN c’est la deuxième face de la carte populisme. Auriez- vous imaginé qu’après une histoire aussi douloureuse pour tous, les nationalismes surgissent à nouveau à la faveur de la crise ? Les années 80. Le FN qui monte, qui monte. Et comme solution ? Des pins. Des concerts. Pour lutter contre les extrémismes, on nous a fait croire qu’il suffisait de manger des merguez ! Et pendant ce temps Jean Marie a semé et semé sur le terreau de la crise. Elle est belle la moisson aujourd’hui. Et, voyez-vous, la montée du Front National aujourd’hui, c’est notre responsabilité. Son apparition, c’est de notre faute. Nous les abstentionnistes, qui ne votons pas « utile ». Utile à qui ? A quoi d’abord ? Le 21 avril 2002 n’est pas de mon fait, la manipulation de masse non plus. Je ne cautionne plus ce système qui ne doit sa survie qu’à la souffrance de plus en plus grande de ses composantes et à la peur qu’il leur insuffle. Ce système absurde nous force à légitimer ceux dont la seule option, dans le confort ouaté des cabinets ministériels, sera de de sacrifier peu à peu tout ce qui peut faire de nous des êtres libres. Il faudrait que je légitime la montée du FN par mon vote et ma participation ? Non. Je ne l’accepte pas. Je n’accepte plus ces règles. Je les rejette avec tous les partis et donc avec le FN qui quoique vous puissiez en penser est un parti comme les autres. Finalement il ne s’agit que de femmes et d’hommes cherchant à obtenir du pouvoir. Et c’est bien aujourd’hui le pouvoir démesuré détenu par une autorité centrale qui est la source de tous les problèmes.

Ne votez pas

Auriez-vous imaginé, ici en France, que la sécurité sociale serait un jour en péril, que notre système éducatif serait au bord de la faillite, que nous serions endettés comme les mexicains en 1982 ? Maintenant réfléchissez juste un tout petit peu : qui porte la responsabilité de cette situation ? Par exemple, qui a décidé en France que l’Etat n’aurait plus le droit d’emprunter auprès de la Banque Centrale à taux nul ou à taux très faibles en 1973, ouvrant ainsi la voie à une spirale de surendettement infernale. Étiez vous au courant de la ratification de ce principe dans les traités de Maastricht (art 104) et de Lisbonne (art 123). Vous souvenez-vous d’un quelconque débat sur le sujet ? Qui vous a dit qu’un traité entre l’Union Européenne et les Etats Unis était en train d’être négocié dans des conditions ahurissantes de secret au rebours de tout ce que la classe politique proclame à longueur de journée et contre l’intérêt manifeste des citoyens.  L’avez-vous choisie ? Non. Pourquoi ?  Parce que le débat politique en France c’est mariage gay et viande halal.

Ne votez pas

Quand je pense à mes enfants j’ai peur. On nous passera bientôt la facture. On va bientôt nous responsabiliser. Parce qu’il faut vraiment être irresponsable pour attraper un cancer, avoir un accident de travail ou encore demander une éducation de qualité en temps de crise. Responsabiliser : vous allez payer et vous allez prendre cher. Et vous l’aurez choisi. Après une longue campagne ponctuée d’affaires, de petites poussées de fièvre sur les réseaux sociaux et de déclaration fracassante, vous choisirez celui qui après vous avoir promis le contraire va vous responsabiliser. Et vous l’accepterez avec fatalité. Pourquoi ? Parce que vous l’aurez choisi !

Ne votez pas

Qui ne dit mot consent ? Non. Qui ne dit mot, ne dit rien. Qui ne dit mot à cesser de jouer. Qui ne dit mot, essaie de maitriser depuis longtemps la colère froide qui monte en son être. Qui ne dit mot se prépare. Qui ne dit mot sait qu’il y aura des heures difficiles à venir où ses libertés seront petit à petit rognées, rabotées, abimées. Qui ne dit mot pense de moins en moins à la liberté mais de plus en plus à ses lendemains difficiles. Oui, qui ne dit mot se sent souvent abandonnée. Marianne battue, se tait. Et vous voulez lui dire d’aller voter ? Mais pour qui ?

Ne votez pas

Je refuse d’endosser la responsabilité des sacrifices que l’on nous impose. Je refuse d’être la victime consentante de mesures imposées par des personnes dont le cadre de pensée limité ne les empêche pas d’avoir un pouvoir illimité sur des sujets qu’ils ignorent par la seule onction imaginaire et magique du suffrage universel. La supercherie a été de vous faire croire que l’action est dans le vote. C’est faux, l’action est dans l’action. Seule l’action nous rendra libre.

Ne votez pas. Agissez

Par nature un contrat est un instrument légal passé entre deux personnes (physique ou morale) consentantes. Pouvez-vous me donner la date à laquelle vous avez signé votre exemplaire du contrat social ? En êtes-vous satisfait ? Sachez qu’à chaque élection vous renouvelez les termes de ce contrat, de votre consentement à l’impôt et de votre asservissement à l’autorité absolue de notre monarque républicain et de ses grands corps affidés.

A chaque élection, à côté de votre nom, dans la petite case, vous apposez votre signature. A voté. S’est soumis. A perdu son droit à la parole.

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Si vous connaissiez la force des courants libérateurs qui existent bel et bien aujourd’hui vous n’auriez plus peur. Il n’y a pas de gauche, pas de droite. Les exercices de démocratie directe, de prise de décision par tirage au sort, de vote par différentes règles comme le système Schulze, les crypto-monnaies, l’éducation en ligne (classe inversée ou MOOC), les systèmes collaboratifs, les réseaux pair à pair, les système d’information distribués sont quelques-uns des dizaines et dizaines d’instruments qui existent aujourd’hui et qui ont le pouvoir de nous rendre plus libre. De nous rendre moins dépendant d’une structure centrale dont la vocation sera de devenir toujours plus disciplinaire et toujours plus autoritaire. La démocratie représentative est devenue un danger. Elle n’est pas la démocratie. Elle est un monstre gouverné par les lois de Bernays. La démocratie ne se délègue pas. La démocratie c’est nous. Arrêtons de pleurnicher à cause des énièmes promesses non tenues. Nous sommes adultes, libres et responsables.

Ne votez pas. Ne vous plaignez pas.

Agissons ensemble.

Maintenant.

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Le bobo, quelle crevure quand même. A sa découverte au début du siècle, on l’a pris pour une sympathique espèce urbaine émergente. Depuis, il est devenu le bouc-émissaire rêvé de tous les maux de la société française.  Il est très pratique le bobo. Et pas cher du tout. Avec lui vous pourrez vomir sur tous les idéaux de générosité, de fraternité, de justice sociale sans passer pour une ordure. Une vraie aubaine !

Avant, critiquer la gauche était un vrai sacerdoce. Un chemin rhétorique semé d’embûche. La détestation des autres était difficile à montrer. On se faisait bastonner, on prenait des  coups de poing godwin dans la gueule à longueur de débat. Quelle plaie. On votait bien à droite, la France est un vrai pays de droite, mais il fallait se cacher.  Souvenez-vous après l’élection de François Mitterrand en 81, la droite n’osait même plus s’appeler la droite. Epoque lointaine.

Depuis, la droite est redevenue la droite. Il y a la droite dure, la droite forte, la droite droite, la droite sociale (celle-là on la reconnaît à sa haine viscérales des assistés). Cette droite viagra est bien aidée par la gauche qui n’est plus de gauche. Car la chute de l’Union Soviétique a remis au goût du jour la haine des pauvres et l’amour de la chaussure à gland :  greed is good.

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Aujourd’hui,  on peut s’en prendre aux pauvres. Enfin taper sur les pauvres c’est électoralement risqué. Alors on les appelle  profiteurs, assistés,  roms, étrangers. Ca vend bien ça, la haine des autres. Et tant pis si comme ça, les pauvres votent contre leur intérêt. Les pauvres on s’en fout. Puisqu’ils sont pauvres, ils doivent être à priori bien cons. Je le sais, pauvre, je l’ai été. Très. Je ne suis pas con, mais je sais comment on nous traite.

A une époque le danger pour les zélites de la France venait donc de ceux qui voulaient protéger les déclassés, et qui étaient influents. Pas les hommes politiques. Les hommes politiques ne sont pas dangereux…pour les riches.  Un système basé sur la professionnalisation de la vie politique ne produit in fine  qu’une élite prostituée aux intérêts des plus puissants et des grands manipulateurs de l’opinion. Il produit des pleutres.

Non, ceux qui pourrissaient les affaires en réalité étaient les intellectuels. Et dans les années 80, ces intellectuels passaient à la télé. On les voyait dans des émissions littéraires, culturelles, de débat. Bref dans ce qui faisait de la télévision française, selon une légende urbaine bien tenace à l’époque, le meilleur média du monde. Ils avaient la chevelure abondante, le verbe facile et élégant, l’ego aussi gonflé que le portefeuille. La bien pensance a été,  comme elle est aujourd’hui encore un peu, un vrai cliché. La droite a honni ces intellos. Sentiments vains. Critiquer les salonnards ne sert à rien. Taper sur les germanopratins est inutile. Personne ne s’identifie à eux.  On les a écouté, mais avec la distance de ceux dont on sent bien qu’ils n’ont rien avoir avec nous. Ils  font partie du camp des bleus de l’élite, ceux qui jouent contre les blancs.

Mais voila qu’apparaît le bobo. Et le bobo c’est le bingo ! Pour la droite, pour l’extrême droite, pour la gauche de droite qui voudrait bien que la gauche de gauche soit un peu plus réaliste. Le bobo, cette personnes insaisissable mais assurément privilégiées (point NKM) qui ne vote pas à droite et pense que plus de tolérance sauvera le monde. Qu’il est con le bobo. Le bobo vit en ville et le bobo mange bio. Connard de bobo qui pète plus haut que son cul. Y peut pas manger du plastique comme tout le monde. Le bobo aime les quartiers mixtes mais sans violence. Il ne veut pas s’en prendre systématiquement aux étrangers, parce que même s’il a peur de la racaille, comme tout le monde, il essaie de ne pas être manichéen. Salaud de bobo, il ne comprend pas que sur terre il y a 7 milliards d’étrangers délinquants, et 60 millions de victimes française. C’est pas compliqué quand même. Et en plus il fait chier avec des mots compliqués comme manichéen. Le bobo est pour l’école publique, il aime partager la connaissance, mais il peut mettre ses enfants dans le privé. Mais quel abruti ce bobo de vouloir vaincre les déterminismes sociaux. Il veut se battre pour ses gosses. Se battre pour ses mômes, vous vous rendez compte ? Le bobo vit dans une bulle en dehors des réalités du monde. D’ailleurs vous ne verrez jamais un bobo. Il est toujours planqué derrière les vitres fumées d’une voiture de luxe…  Le bobo a le goût des voyages, il a un esprit cosmopolite cette petite ordure. Il aime le monde comme il aime son quartier, d’ailleurs son quartier ressemble au monde. A Paris, c’est le triangle porte de Clichy, porte de la Villette, Nation. Beurk. La consanguinité culturelle il n’y a que ça de vrai. Mais non dans consanguinité il n’y a pas le mot con.Le bobo écoute une musique de merde, un peu électro, un peu rock, un peu éclectique. Le bobo va au sport d’hiver. Ces mecs de gauche viennent polluer les pistes des riches plutôt que d’aider les pauvres. Non mais vous voyez l’énooooorme contradiction. Le bobo prétend vouloir faire du social mais part quand même en vacances. Mais quel enculé le bobo quand même.  Mais le plus gros problème du bobo c’est qu’il est pédophile. Si, si je vous assure. La mouvance bobo digne héritière des pétards mouillés de 68 organise des cérémonies secrètes ou l’on se partage les enfants des uns et des autres. D’ailleurs la légalisation du mariage gay ce n’est rien d’autre que ça. Voilà.

Assume ta mouvance.

Assume ta mouvance…

La chasse au bobo est tellement populaire, que même les bobos chassent le bobo. Il faut le dire, le bobo est cannibale. Il ne s’aime pas. Il ne s’assume pas. Le bobo a honte…comme la droite avant.  Le bobo va dans un bar à bobo en critiquant le trop grand nombre de bobos.  Le bobo a des bobos à l’âme. Je le sais, j’en suis un.

Je suis un bobo d’une espèce rare. Je suis un bobo du sous-genre anarchiste, libriste,  et végétarien (je sais, juste à l’instant un chaton bleu marine vient de mourir).  Globalement je suis contre la démocratie représentative mais pour la démocratie directe, contre la centralisation mais pour la distribution (du pouvoir, de l’info, des responsabilités etc.) et je suis contre les viandards (parce que bon je ne mange pas mon chat alors pourquoi je mangerai une vache) et pour une nourriture plus saine.  Je crois que chacun est libre naturellement et que cet état de liberté ne doit pas être perturbé. Au point de considérer que les sites comme Fesse de bouche et la puanteur de ses forums ont une existence tout à fait légitime (venez à moi les petits trolls). Je crois au bitcoin et à tous les Xcoin qui sont en train de démontrer que le pouvoir actuel repose sur une gigantesque supercherie. Je suis donc d’une pensée assez radicale. Mais ne me voyez pas comme un dangereux terroriste.  Je crois que le système, la matrice, enfin le machin là, va tomber de lui-même. Enfin on va juste l’aider un tout petit peu, avec des grains de sable…

En attendant ce jour béni, je mets ma cravate tous les matins pour nourrir mes enfants au bio et partir avec eux en vacances.

Vous y voyez une contradiction ? Moi j’y vois de l’amour.

Le bobo est un concept vain. Mais je l’assume, je l’embrasse, je le magnifie. Pourquoi ? Parce que quand on essaie de raisonner un tant soit peu, je veux dire en dehors du cadre monarchisant actuel, on se fait traiter immédiatement de bobo. L’argument ultime. Qui vous le remarquez, met tout de suite l’interpellé sur la défensive et rend sa voix chevrotante.

Heu non enfin je ne suis un pas un bobo,

Je suis d’accord il faut pas pousser sinon ça devient un truc de bobo, c’est pas ce que je voulais dire.

Non mais tu as raison, l’enfer est pavé des bonnes intentions des bobos, il faut être réaliste aussi…

A force de renier sa boboïtude, le pauv’ bobo en a oublié son argument. C’est drôle.

C’est triste aussi. Parce qu’on se retrouve dans la figure notoirement archaïque ou l’on ne reconnait de légitimé qu’à la grande bourgeoisie (pour le pouvoir) et à  la France beauf (pour les électeurs). La France Kaporal, la France des Ch’tis à Miami, la France Secret Story.  Cette France précaire que les publicistes appellent Kevin et Kevina dans leurs études de marchés.  Cette France à qui l’on dit de détester les arabes tout en la gavant d’Hanouna et de Nabilla. Bush ce grand défenseur des masses laborieuses avait fait la même chose à son époque en critiquant les intellos newyorkais qui buvaient du café latte et mangeait des sushis. Cosmopolitisme de merde je vous dis.

Il se trouve qu’un autre monde est possible. Il se trouve que nous les bobos, hackers, geeks, hipster et autres joyeuses tribus urbaines nous pouvons participer à sa construction. Et il se trouve qu’on n’est pas obligé de fermer notre gueule.

Je l’ai découvert ça un jour alors que je parlais des systèmes pair à pair (P2P), de leur capacité à transformer le monde, la décision politique, l’émission de monnaie et le partage des connaissances. Tout d’un coup, oh surprise, je suis interrompu par l’un de mes potes qui vit dans le 16ème arrondissement (quand je vous dis que je ne suis pas raciste). Dans un ricanement reniflé et méprisant il me dit :

«  Nan mais ça c’est un truc en dehors des réalités, les vrais gens n’ont pas besoin de ça, c’est ENCORE un truc de bobo. »

Et là soudain l’épiphanie.  J’ai compris. J’ai vu la réponse. Et j’ai rétorqué tout simplement

-oui … et alors ?

-…

La vérité que vous commencez à percevoir mes amis et futurs frères d’arme c’est qu’on ne peut empêcher la marche du monde vers des lendemains meilleurs avec pour seul objection que c’est un truc de bobo.

Il est grand temps de sortir nos majeurs, de les tendre bien haut et d’assumer ce que nous sommes. Amis bobo, boboïste, boboïsant, bobosse (haha !), bobophile, frère du boboland, du boboïstan, de la bobozone, créons nos cercles de pensée, affirmons nos idéaux dans leur diversité, investissons nos villes et nos territoires, créons-y les conditions pour l’émergence de zones d’autonomie temporaire. Il est temps d’inventer demain et de se torcher avec le passé.

Now the time has come

Now the time has come

A ceux qui nous critiquent à longueur de journée nous disons :

Je suis un bobo et je vous emmerde

Plus fort

Je suis un bobo et je vous emmerde

Plus fort

Je suis un bobo et je vous emmerde

Ca mieux hein ?

Allez bisous sale bobo.

@michel_freek

J’ai un sofa usé dans mon salon. Un vieux  machin IKEA qui m’a rendu bien des services. C’est une méridienne, on peut y regarder des films allongé le dimanche.  A une époque pas si lointaine, mes gosses en ont fait leur centre d’expression graphique favori.  Leur zone de house-art en quelque sorte.  Mon sofa a un trou sur un accoudoir. Un trou de cigarette. Il a plein de taches aussi :  vin, jus, vodka, coca, bière. Les blessures de guerre, les cicatrices des anniversaires à dix enfants et des apéros entre amis.

Avec ma femme cela fait un moment qu’on veut s’en débarrasser. Il fait son temps vous comprenez. C’est fini là. Alors on en cherche un autre. Mais c’est cher un sofa. Et puis on veut changer la disposition du salon, et puis quand on se décide c’est en général la fin du mois donc on a pas sous. Bref, on n’arrive pas à le remplacer. Un jour, pour se forcer, on a décidé de le donner à une copine qui en avait bien besoin. C’était presque fait, on avait gagné, mais la cop a fini par divorcer et emménager dans un studio où il ne rentrait plus. De la conspiration cosmique des éléments.

A force on lui a donné un nom à notre sofa. Il s’appelle Bachar. Comme Bachar El Assad bien sûr. Il est là, il nous fait chier, il est toxique, mais on n’arrive pas à s’en débarrasser. On a failli y arriver, mais non, il a tenu. Il faut dire qu’après le tour du sofa c’est celui de la Grande Armoire Rouge.  Ils sont toujours collés ensemble ses deux-là, on ne peut pas les séparer. La Grande Armoire Rouge, est grande et prend beaucoup de place. Elle a deux  portes avec des carreaux de verre. A l’intérieur c’est le bordel. Mais elle en impose dans le salon. On voudrait bien la remplacer aussi. Elle est à côté de la porte alors qu’on pourrait mettre des étagères derrière la porte et  gagner de la place. C’est notre grand projet de salon.  Je pense que si on arrive à liquider Bachar, la Grande Armoire Rouge comprendra que son heure est proche.  Forcément, ils ne vont pas nous faciliter la tâche.

On est obligé de mener ce grand projet de salon parce qu’on a une immense table en verre. Vraiment très belle, massive avec une lourde structure en acier. Elle aussi prend de la place. Mais la table est un objet unique. On pensait y poser un iMac dernier cri pour faire minimaliste. Enfin on a déjà du mal à se racheter un sofa, alors un ordinateur Apple…

Bachar est un bagarreur, fin et sournois. Quand je vais fumer une dernière cigarette, tard dans la nuit, il est là, posé, imposé. C’est un vrai survivant.  Le Deinococcus radiodurans des meubles.

Le week-end dernier on est parti avec ma femme chez IKEA pour acheter un autre sofa, sans vraiment y croire. En même temps aller chez IKEA n’était pas vraiment un gage de succès. J’ai compris, enfin, pourquoi.  IKEA c’est le mal, IKEA le dimanche c’est l’enfer, IKEA dimanche dernier c’était dantesque. Pourquoi retourner en enfer à chaque fois qu’on cherche la lumière.  Aller chercher toujours au même endroit les symboles et les instruments  de sa transformation intérieure est tout de même une attitude paradoxale. Tiens si on changeait le salon, si on retournait chez IKEA ? On est rentré épuisés de cette journée oubliable. On avait acheté deux matelas pour les filles et un wok. L’enfer.

Le soir j’ai eu un doute. Et si Bachar était une fille. Parce que les sofas c’est un peu comme les hamsters, pour en déterminer le sexe il faut vraiment être un expert. Ca alors, si ça se trouve Bachar est une nana ! Enfin une nana, une vieille quoi. Décatie, rabougrie, aigrie. Engoncée dans sa structure, avec ses ressorts usés, tenue par les mêêêêmes boulons de toujours. Toujours présente, gonflante,  ici par inertie, alors que plus personne n’en veut.

Faudrait lui trouver  un joli petit nom à la vioque tout de même.

J’en ai un tout trouvé.

Si mon Bachar est une fille,  je l’appellerai Vème.

Depuis des mois, des années même, le péril du front national et de la pénétration de ses idées dans la société française est régulièrement dénoncé. On ne compte plus les articles dans les médias et dans les blogs citoyens sur la fachosphère et sur la libération de la parole extrémiste et xénophobe sur le net. Les derniers en date ici (plutôt pas mal) ou la (blablabla). La diffusion de la vulgate mariniste, fait peur, elle inquiète, alors on dénonce.

C’est bien la dénonciation. C’est très utile. Cela permet d’alerter et de mobiliser, cela oblige à une prise de conscience. Sauf que de dénonciations en dénonciations, de postures morales en naufrages politiques, les mots ont perdu de leur force. Il faut se souvenir de ce que l’avènement de la gauche en 1981 avait suscité comme espoir et ce qu’il a produit comme désespoir. A l’époque Harlem Désir fondait SOS Racisme et portait haut les valeurs de la tolérance avant de devenir l’apparatchik terne, gris et sans profondeur que l’on connait aujourd’hui. La trajectoire d’Harlem Désir, c’est celle de la révolte contre le racisme. On s’insurge par communiqué, avec des mots policés, des mots d’énarques, on moralise.

Quand le PS s'indigne...

Quand le PS s’indigne…

Face à cela, des groupes, des populations étranges, ceux ce qui ne sont pas nous et que nous avons tant de mal à comprendre, ceux qui expriment, chaque fois plus nombreux, leur exaspération et leur mal être, ont trouvé un exutoire. Sur le net la parole s’est libérée. On ne compte plus les sites internet, les forums, les pages Facebook, les comptes Twitter, qui relaient la pensée du front national et les idées d’extrême droite. Et on ne compte plus les sites internet, les forums, les pages Facebook, les comptes Twitter, qui les dénoncent. Pour quel résultat ?

Dans notre entre nous agréable, dans notre confort ouaté des idées bien-pensantes, on ne fait que ça : dénoncer. A force de répéter ce mot, il en devient dérangeant. Dénoncer. Déjà il est moche dans son signifiant : la dénonciation, c’est sale. Et puis ça  rappelle des périodes un peu dégueulasses (almost Godwin). De celle ou l’on se rend compte que, tant qu’on n’était pas engagé d’un coté ou de l’autre, ma foi, il faisait bon vivre à Paris, même avec quelques panneaux écrit en allemand. L’indifférence a été le plus grand acte de collaboration. Il faut l’assumer.

Les Parisiens sous l’occupation (exposition polémique de la mairie de Paris en 2008)

Aujourd’hui on n’est pas indifférent. On dénonce, on s’insurge, on se scandalise, on se dit révolté, on dit des mots comme « pires heures de notre histoire », « abject », « intolérable », « insupportable ». Aujourd’hui on dit des mots. Des jolis mots élégants.

J’ai fini par croire que les mots n’avaient plus de sens ou ne portaient pas d’action en eux. Je suis de la génération chômage, celle qui n’a connu que la crise. Celle qui, dès le collège -mais enfin on a quel âge au collège ?- se voyait signifier l’enjeu de la scolarité : ne pas être au chômage. Vas-y, fait moi rêver la France.

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Chômage. En voila un autre mot bien moche.

Alors pour ne pas être au chômage, pour ne pas être déclassé et donc perdre en quelque sorte son classement dans la hiérarchie républicaine, on étudie. On fait ce qu’on peut. On se dote d’une bonne culture générale. C’est pratique la culture générale. C’est comme tous les arguments d’autorité. On nous a définit la culture et son périmètre général. On a bien fini par se rendre compte de la supercherie. Jusqu’à l’ultra-gauchiste André Santini a du reconnaître que les épreuves de culture générale était « une forme de discrimination invisible ». Vous voyez les jolis mots excluent.

Cela fait combien d’année maintenant qu’on nous sert une soupe de parole 100% garantie pur OGM novlangue. Dans la république française pour réussir il faut suivre la voie royale. Si on suit la voie royale on fera partie de l’élite républicaine. Oui, oui, l’élite républicaine d’un pays dont la devise est liberté, égalité, fraternité. Elite républicaine, voie royale…les mots sont cons quand même.

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Les hommes politiques de notre temps sont des adorateurs du vide. Ils peuvent le remplir de leurs mots. Ils vénèrent l’élégance des formules. Les énarques sont un clergé bien étrange. Avant on construisait des cathédrales, aujourd’hui on construit un discours. Je ne vais pas dans les cathédrales, je n’aime pas les religions…

Je pourrais vous dire : on nous a menti, on nous ment, c’est scandaleux ! En soi c’est vrai. On nous ment depuis des années. Mais enfin, nous, on gobe, comme des petites pilules du bonheur, à chaque élection, les jolis mots élégants, moches ou cons qu’on veut bien nous servir. Et puis une fois passée l’anesthésie des mots sur notre esprits embrumé par l’injonction démocratique,  on se touche le derrière en faisant des aïes et des ouilles. On vit dans une onomatopée permanente.

Alors pour sortir de cette contradiction permanente, on cherche des coupables. A qui la faute ? Hein c’est vrai ça, qui est LE putain de responsable ici ? Comme il n’y a plus d’actions possibles, on nous désigne des responsables, les mots ça ne mange pas de pain. Alors au choix : la crise, la globalisation, la finance, les fraudeurs, les immigrés, les hommes politiques, les lobbys en tout genre, les complots en tout genre. On a tout eu comme histoire. On nous a tout servi. On a tout essayé. Enfin presque…

Là, dans un coin au fond à droite, près des toilettes, il y une dame, un peu bourgeoise, avec un nom qu’on retient bien, fille de, avec un discourt qui séduit de plus en plus. Elle a trouvé les meilleurs fautifs : les Arabes/Noirs/Immigrés/Racailles. Cela fait trente ans que son parti martèle les mêmes mots : problèmes/immigrés, crise/immigrés, chômage/immigrés, peur/immigrés. Cela fait trente ans qu’on dénonce. Et cela fait trente ans que l’on cautionne ce système. A chaque élection on légitime une organisation dont la plus grande production a été une succession de mots inutiles. Et son plus grand mérite sera peut-être de porter  démocratiquement au pouvoir tous ce gens que l’on dénonce. Quel succès !

Quel glorieux jour pour nous les bobos, les bien-pensants, les humanistes, les sains d’esprit que ce jour où les cranes rasés et les déclassés fêteront ensemble la dernière victoire démocratique. Nous aurons alors tant de choses à dénoncer, tant de révolte virtuelle à mener, tant de responsables à trouver. N’en faites-vous pas déjà votre miel ?

Qui est responsable ? Moi je sais qui est le vrai responsable.

Ce matin dans la salle de bain en me rasant, je l’ai vu dans le miroir.

Vous le verrez probablement au même endroit, ce soir ou demain chez vous.

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Alors si vous avez deux mots à lui dire à ce sale con, ne vous en privez pas, c’est le moment.

Le moment de se préparer.